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« Il y a plusieurs années de cela j’avais proposé qu’on place une nouvelle fête dans nos calendriers civils et religieux. Aux côtés de la Pâques (chrétienne ou juive), je souhaitais voir figurer une fête de “pas que”, une journée par an où l’on se souviendrait qu’on n’est “pas que”... Pas que juif, pas que musulman ou chrétien, pas que français, pas qu’homme ou femme. Tandis que nous étouffons sous les assignations communautaires, les obsessions identitaires, et tout ce qui nous enferme avec “les nôtres”, il m’est soudain apparu qu’un homme détenait une clé pour nous faire penser. Cet homme s’appelle Ajar, à moins que cela ne soit pas son nom et qu’il n’ait jamais existé. Il est l’homme qui n’est jamais “que” ce qu’il dit qu’il est. Est-il l’auteur ou la victime d’une manipulation littéraire ? J’ai imaginé que cet homme/fiction littéraire avait donné naissance à un être qui nous parle aujourd’hui de politique et de religion, de la force de la littérature ou de la vulnérabilité de nos narcissismes. Ajar nous rappelle une évidence : nous sommes les enfants des livres que nous avons lus et des histoires qu’on nous a racontées, bien plus que de nos identités d’origine. Voici le monologue d’un homme qui a lieu dans ma tête ou dans la vôtre et qui nous dit qu’on n’est pas “que nous”. ». Delphine Horvilleur
Delphine Horvilleur, rabbin au sein de l'association Judaïsme en Mouvement, dirige la revue de pensées juives Tenou'a. Elle a écrit de nombreux livres, parmi lesquels Réflexions sur la question antisémite et Vivre avec nos morts. Elle dit que le métier le plus proche de celui de rabbin est celui de conteur, et croit à la force du récit qui nous relie. Il n'y a pas de Ajar est son premier texte écrit pour le théâtre. Elle nous livre ici la savoureuse histoire d’Abraham Ajar, fils imaginaire d’Émile Ajar, écrivain fictif inventé par Romain Gary. « Tandis que nous étouffons sous les assignations communautaires, les obsessions identitaires, et tout ce qui nous enferme avec « les nôtres », il m’est soudain apparu qu’un homme détenait une clé pour nous faire penser. Cet homme s’appelle Ajar, à moins que cela ne soit pas son nom et qu’il n’ait jamais existé. Il est l’homme qui n’est jamais « que » ce qu’il dit qu’il est. J’ai imaginé que cet homme/fiction littéraire avait donné naissance à un être qui nous parle aujourd’hui, de politique et de religion, de la force de la littérature ou de la vulnérabilité de nos narcissismes ».
Après le Conservatoire de Nice, Johanna Nizard rentre à L’Ecole Régionale d’Acteurs de Cannes. Au théâtre, elle joue Shakespeare, Goldoni, Sarraute, Brecht, Marivaux, Schnitzler, Aragon, Schiller, Montherlant, Duras, Fosse, Dario Fo, Laurent Mauvignier, qui écrira pour elle Une légère blessure. On l’a vu à la télévision dans la Série 10% et au cinéma, où elle joue pour Michel Hazanavicius, Éric Besnard, Leos Carax, Solveig Anspach. Pour Il n’y a pas de Ajar, elle écrit : « Espace de jeu délimité. Ring de lumière. Des sons. Absence de vidéo. Transformation à vue. Apparence de rien. Apparence seulement. Ce sont nos pistes pour aborder le travail de mise en scène, avec la langue de Delphine comme guide et l’humour comme principal moteur d’écriture ».
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